Santé : compétition ou « émulation collective » entre Toulouse et Montpellier ?

Toulouse et Montpellier ne doivent pas être en compétition sur le secteur de la santé, elles doivent collaborer : c’est le message passé ce matin par les acteurs de la filière, réunis à l’initiative de La Tribune-Objectif News sur le 1er Forum Santé Innovation à Toulouse. Alors qu’il existe certaines tensions entre les professionnels des deux métropoles sur le sujet de la protonthérapie, pas question de nourrir la polémique : « avoir deux centres reconnus en matière de santé est une chance, pas un problème », martèlent-ils. Le rôle des pôles de compétitivité est primordial.

Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de Toulouse Métropole, a ouvert ce matin les débats du premier Forum Santé Innovation auquel ont assisté près de 300 personnes.

Il est le seul des intervenants à le reconnaître : « en matière de santé, la compétition entre Toulouse et Montpellier s’aiguise. » Avant d’ajouter néanmoins : « cette compétition n’empêche pas la coopération ».

Pour rappel, la tension est montée ces derniers jours entre les deux métropoles, qui souhaitent toutes les deux accueillir un centre de protonthérapie (un outil de pointe estimé à 40 millions d’euros, qui fera bientôt l’objet d’un appel d’offres). La question sous-jacente étant : qui de Toulouse ou Montpellier sera la capitale de la santé dans la future région ?

Présents sur la table ronde intitulée « Toulouse / Montpellier, l’éternelle compétition ? », les sept débatteurs (professionnels et institutionnels) ont refusé de parler de compétition, préférant évoquer une « émulation ».

« Deux métropoles spécialisées dans la santé : un problème de riches »

Pour Monique Cavalier, directrice de l’Agence régionale de santé (ARS) Midi-Pyrénées et préfiguratrice de la future ARS, Toulouse et Montpellier sont « deux villes de santé, avec chacune une offre publique et privée de grande qualité, deux villes universitaires, dont le marqueur ‘santé’ est historique ». D’ailleurs, quand la fusion entre Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon sera effective, « cette nouvelle région se placera d’office à la troisième place derrière Rhône-Alpes et l’Ile-de-France dans les classements santé ».

 « On ne va quand même pas s’en plaindre ! Avoir deux métropoles spécialisées dans la santé, c’est, si j’ose dire, un problème de riches », sourit Monique Cavalier.

Une vision que partage Jacques Léglise, directeur général du CHU de Toulouse, pour qui « le problème n’est pas de savoir qui sera la capitale régionale de la santé. Le problème est de faire de la nouvelle région la capitale de la santé en France et en Europe. »

« Parler d’une compétition entre Toulouse et Montpellier est absurde et stérile », ajoute-t-il.

Protonthérapie : la « concurrence fratricide »

Pourtant, les deux villes souhaitent toutes les deux obtenir un centre de protonthétapie pour renforcer leur offre de lutte contre le cancer, mais aussi appuyer leur attractivité, leur visibilité et leurs partenariats avec les industriels. En effet, ce centre sera à la fois un outil de soin en pédiatrie, un outil de recherche sur les protons et un outil pour les industriels hors filière santé (pour les systèmes embraqués notamment).

« Qu’il soit dans une ville ou dans une autre, il faudra organiser la coopération pour que les chercheurs des deux villes puissent bénéficier de cet outil, et qu’il devienne un centre régional de protonthérapie », propose Jacques Léglise.

Tout en ajoutant : « Le projet de Toulouse me semble le meilleur et je me battrai jusqu’au bout pour que le centre soit à Toulouse. »

Pour Monique Cavalier, il faut se rendre à l’évidence : « la coopération Toulouse / Montpellier n’est pas une réalité de tous les jours. Ceci est normal car, jusqu’à présent, ces deux villes se suffisaient à elles-mêmes, elles étaient bien classées et n’avaient pas besoin l’une de l’autre ».

« Les dossiers protonthérapie ont été montés séparément bien avant que l’on annonce la fusion des régions. Maintenant, que le meilleur gagne. Attention simplement de ne pas se blesser dans une concurrence trop fratricide. »

Objectif commun : être visible sur la scène mondiale

Xavier Tabary vit à Toulouse et travaille Montpellier. Ainsi, pour le président du pôle de compétitivité Eurobiomed, les deux villes sont plus proches qu’elles n’en n’ont l’air : « Nos concurrents sont à Boston, Paris, Francfort. Les 200 kilomètres qui séparent les deux métropoles ne sont pas insurmontables. »

Car, au-delà des relations Toulouse / Montpellier, « c’est bien au niveau mondial que la compétition se joue », rappelle Daniel Rougé, 3e adjoint en charge de la coordination des politiques de Santé publique à Toulouse.

Il s’agit non seulement d’attirer les « big pharmas » mais aussi les chercheurs, les startups, les investisseurs. À l’image de la grande muraille de Chine, la filière santé de la nouvelle région « doit être visible sur Google Earth » scande Monique Cavalier.

Pour cela, les écosystèmes toulousains et montpellierains ne peuvent s’ignorer. Plusieurs initiatives ont été mises en route, et notamment le rapprochement des pôles de compétitivité Eurobiomed et Cancer Bio Santé.

« Pour être visible, il faut chasser en meute, s’entraider. L’alliance entre les pôles Cancer Bio Santé et Eurobiomed est naturelle », estime Xavier Tabary.

Les deux pôles pourraient-ils fusionner ?

Alliance ne signifie pas fusion des deux pôles.

« L’État ne demande pas aux pôles de fusionner mais ils peuvent le proposer s’ils le souhaitent », précise Rémi Ferrié, responsable du pôle entreprises, emploi et économie de la Direccte Midi-Pyrénée. « Le but est d’avoir des complémentarités. »

Ainsi, Xavier Tabary et Liberto Yubero (directeur de Cancer Bio Santé) envisagent davantage une spécialisation de chaque pôle : « Une spécialisation est tout à fait possible, affirme Liberto Yubero. CBS est déjà davantage axé oncologie et vieillissement, tandis que Eurobomied est davantage sur le diagnostic et les maladies infectieuses. » Cela pourrait permettre à des projets d’être labellisés par les deux pôles.

« Nous avons deux pôles de niveau équivalent, complète Rémi Ferrié, qui évoluent dans des écosystèmes équivalents : peu de grands groupes et beaucoup de PME. L’enjeu désormais est vraiment l’industrialisation. C’est ce que l’on demande aux pôles de compétitivité, c’est ce que l’on demande aux SATT. »

Jean Tkaczuk, président de la commission recherche au Conseil régional, appuie cette stratégie : « ce qui intéresse la Région, c’est la création de valeur. Nous soutenons les pôles pour soutenir les projets qui unissent laboratoires et entreprises. »

Pour Jacques Léglise, la « création de valeur » est déjà en marche : « avant, le milieu académique se détournait de tout ce qui était industriel. Aujourd’hui, les mentalités évoluent. Il y a des synergies. Nos chercheurs, dont certains font partie des meilleurs du monde, doivent déboucher sur des solutions et des produits industriels. »

Source La Tribune avec Objectifs News du 25/09/2015

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