Première mondiale : une prothèse bronchique sur mesure

Le Dr Nicolas Guibert* explique pourquoi cette innovation pourrait constituer une avancée majeure.

 

 

 

Paris Match. Dans quels cas pose-t-on une prothèse bronchique ?
Dr Nicolas Guibert. Quand il y a un rétrécissement de la bronche ou de la trachée. Cela peut se produire après une intubation, une trachéotomie, une greffe pulmonaire ou lorsqu’un cancer du poumon comprime la bronche. La prothèse, petit tube en silicone, va maintenir ouvertes les voies aériennes.

Comment la trachée est-elle reliée aux bronches ?

La trachée est le conduit élastique cartilagineux qui relie le larynx aux bronches. Elle permet le passage de l’air jusqu’aux poumons. Elle naît dans le cou puis plonge dans le thorax où elle chemine dans le médiastin (à l’arrière du sternum et entre les poumons) avant de se diviser en bronches souches droite et gauche. La lumière de la trachée, en forme de fer à cheval, a un calibre de 1 à 2 centimètres et une longueur de 12 centimètres chez l’adulte. Une diminution du calibre entraîne une difficulté respiratoire.

Les prothèses standards sont-elles adaptables à tous les patients ?
Non, c’est là le grand problème ! Ces rétrécissements (ou sténoses) sont tous différents. Certains sont complexes, leur forme est irrégulière et les prothèses standards ne leur conviennent pas.

Quel est alors le risque ?
L’implant peut se déplacer et se bloquer dans la trachée ou la bronche, d’où le risque de détresse respiratoire. Les prothèses de série peuvent aussi entraîner à leurs extrémités une irritation qui génère la formation de pseudo-tumeurs inflammatoires (granulomes) et être à l’origine d’un nouveau rétrécissement.

Vous venez de mettre au point une nouvelle prothèse sur mesure qui permettrait d’éviter ces risques. Quelle est sa composition ?
Elle est en silicone. A partir du scanner du patient et à l’aide d’un logiciel de reconstruction 3D, on va concevoir virtuellement la prothèse en corrigeant l’anomalie et rentrer ces données dans une machine à commande numérique. Celle-ci va produire un moule puis une prothèse identique à la trachée ou à la bronche du patient (la start-up toulousaine AnatomikModeling gère la conception). Cet implant parfaitement adapté à l’anatomie du patient devrait réduire fortement le risque de déplacement ou d’irritation. Cette implantation s’effectue selon les mêmes modalités que pour la pose d’une prothèse standard : sous anesthésie générale et bronchoscopie rigide.

Des premiers résultats très prometteurs

Quand avez-vous décidé de créer cette prothèse trachéo-bronchique ?
Un jour nous avons reçu dans le service de pneumologie à Toulouse un patient greffé du poumon qui souffrait de difficultés respiratoires du fait d’un rétrécissement de la bronche survenu après la transplantation. Mais aucune prothèse sur le marché ne convenait à son anatomie.

Sur combien de malades l’avez-vous déjà implantée ?
Sur cinq patients. Les deux premiers après une greffe du poumon, les trois autres après un rétrécissement de la trachée à la suite d’une intubation ou d’une trachéotomie. Nous n’avons observé aucune complication pendant et dans les suites de ces interventions. Tous se portent bien aujourd’hui.

Vos bons résultats ont-ils été publiés dans la presse scientifique ?
Le premier cas a été relaté dans la grande revue “The American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine”. L’essai toujours en cours va permettre d’implanter de nouveaux patients et nous publierons alors les résultats à plus long terme et sur un plus grand nombre.

Ces nouvelles prothèses sur mesure seront-elles utilisables en cas de cancer des bronches ou de la trachée ?
Le cancer est de loin la première cause de rétrécissement de la trachée et/ou des bronches. Ce nouvel implant sur mesure ne convient pas encore à ce type de maladie. Une tumeur peut évoluer pendant la fabrication de la prothèse et après son implantation, rendant le dispositif inadapté. C’est pourquoi, pour le moment, nous ne traitons que les maladies non évolutives. Appliquer notre méthode aux patients atteints d’un cancer est la prochaine étape et nous avons bon espoir pour l’avenir.
* Pneumologue à l’hôpital Larrey de Toulouse.

Source  Paris-Match 11/04/2017

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